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CONTAGION

Benoît Felix invites

 

JESSE CREMERS 

LORE SMOLDERS

BENOÎT FELIX

ALICE JANNE

JÉRÔME DEGIVE & MANUEL FALCATA  (former Atelier Pica Pica) 

 

19 September - 23 October 2021

 

 

VERNISSAGE : Sunday, 19 September, 2 - 7pm

 

BORGER-nocturne : Friday, 22 October, 6 - 9pm

 

 

 

Entretien avec Benoît Felix sur son concept de l'expositionContagion
(for ENG + intoduction see above)
 
- Les œuvres d’art peuvent-elles être contagieuses entre elles ? 
 
Benoît Felix: Prenons la question de l’aura, et puis celle le la théorie des ensembles, mêlons entre elles ces deux idées, et faisons une exposition. On y verra l’aura dans le rôle de l’ensemble, et c’est par ce qui se passe à l’intersection des auras singulières de chacune des œuvres que les artistes se serons laissés guidés lors du montage de l’exposition. 
 
- Les artistes ? Pas un curateur ?
B.F.: Non, non, le curateur c’est l’idée de ce qui peut se passer entre les œuvres. Quelques artistes rassemblés autour de la question de ce qui peut se passer à l’intersection de ce qui rayonne de chacune des œuvres qu’ils auront choisi de mettre en jeu…
 
- Jeu !
B.F.: Oui, jouer à voir ce que pourra produire le voisinage, le voisinage de vos œuvres avec celles des autres. J’ai proposé ce jeu à quelques artistes que j’aime bien – il y en avait certainement d’autres, ce sont les limites de l’espace qui ont fait que je pense à un jeu à cinq.
 
- Lore Smolders, Alice Janne, Jérôme Degive et Manuel Falcata, Jesse Cremers, Benoît Felix
B.F.: Voilà !
 
- Tiens ! Mais Jérôme Degive et Manuel Falcata, c’est pas Atelier Pica Pica ?
B.F.: Oui, deux des trois... 
 
- ils splittent ?
B.F.: Je crois que c’est mieux de leur demander. J’avais invité Atelier Pica Pica parce qu’à mon sens cette question de l’intersection, ou de la manière dont peuvent se contaminer les gestes de chacun, elle est vraiment à l’œuvre chez eux. Les travaux qu’ils proposent, c’est toujours la résultante d’idées qui demeurent distinctes mais qu’ils font converger en une chose, une chose dont aucun ne peut dire, au final : « elle est à moi, elle est à moi… ». Mais Jérôme et Manuel viennent avec des propositions qui poursuivent ce souci de convergence, ou d’écho mutuels…
 
- L’intersection, ou les contaminations de sens qui peuvent se produire entre les œuvres, la manière dont leurs voisinages dans une exposition peut nous faire jouer à les voir comme des interprétants mutuels, la façon qu’elles ont parfois de se parasiter par rapprochements… Ce sont déjà des questions qui sont à l’œuvre chez vous. Quand vous exposez votre travail, on voit que vous faites jouer vos œuvres entre elles…
 
B.F.: Oui bien sûr ! Mais ici, la question est de voir si le jeu peut se jouer à plusieurs. Les artistes qui prennent part à l’exposition me semblaient eux aussi habités par ces questions. Ça m’apparaissait évident pour Alice Janne et Laure Smolders. Alice qui collecte en marchant ses petits objets laissés tombés dans la rue, auxquels elle semble dire ensuite : « Vous n’êtes pas petits, vous êtes grands ! », qui, dans les agrandissements méthodiques qu’elle en produit ensuite, nous fait voir en peinture ce sur quoi on ferme les yeux d’ordinaire, me dis-je – elle les dissémine dans l’espace, ses œuvres, quand elle les expose. C’est comme si elle n’agrandissait tous ces petits objets qu’on jette, parfois sans même s’en rendre compte, que pour les rejeter à nouveau, mais dans l’espace d’exposition, c’est à dire l’espace où l’on s’arrêtera pour les regarder… Ce ne sont pas des travaux de cette série qu’elle présentera – elle est actuellement sur autre chose – mais je pense qu’elle est assez à l’aise avec ce jeu auquel j’ai invité d’autres artistes à jouer avec moi…
 
- Contagion… Un jeu de cartes, disiez-vous !
 
B.F.: Oui, j’ai proposé qu’on joue aux cartes, qu’on joue aux cartes avec nos œuvres : « Tu m’en montres une et… Ah ! Regarde ! On ne savait pas qu’on avait un travail qui pouvait répondre à tel point à celui de quelqu’un autre… 
 
- Le problème avec le jeu de cartes c’est qu’il y en a un qui gagne
 
B.F.: Oui, c’est vrai… et ça ne devrait pas être le problème de l’art : on va faire une réussite !
 
- Ah ! Ah ! …Et Lore Smolders ?
 
B.F.: Lore c’est lire si on change une lettre. Elle fait en ce moment des séries d’objets qui sont des lettres, des lettres qui cassent quand elle les manipule, et donc qui deviennent éventuellement d’autres lettres, ou l’idée qu’on se fait qu’il y a là une écriture – comme quand on est un archéologue et qu’on voit que ce par quoi on commence, quand on essaye de lire c’est par ne rien y comprendre. Un archéologue ou un mangeur de nicnacs. 
Quand elle dispose en ligne des séries de ses pauvres lettres à proximité d’autres de ses œuvres, on à le réflexe de s’y reporter comme au cartel de l’œuvre – ça, évidemment, ça m’avait intéressé pour cette expo-ci . Et puis, Lore travaille aussi à une série de dessins qu’on pourrait eux aussi rêver comme des commentaires ou des plans pour autre chose. Modes d’emploi, plans d’exposition… Donc des œuvres d’art qui jouent à se donner comme le commentaire d’une œuvre qu’on chercherait peut-être ailleurs… Ce serait marrant de lui demander de faire une série de plans de cette expo dont elle ne sait évidemment pas ce qu’elle sera puisque c’est en jouant aux cartes avec nos œuvres qu’on va la monter…
 
- Mais pour le montage de cette expo, si vous voulez jouer aux cartes comme vous dites, vous devez bien connaître mutuellement le travail de chacun ? C’est quand-même en fonction d’une certaine connaissance que vous devez avoir chacun du travail que font les autres que vous ferez le choix des quelques œuvres qui constitueront vos jeu de cartes ? Ce c’est pas si courant dans une expo de groupe.
 
B.F.: Oui. Nous-nous sommes réunis et chacun à fait aux autres une présentation globale de son travail, de ses questions… En général, c’est vrai, on a tendance entre artistes, à s’épingler mutuellement avec l’idée d’une ou deux images qu’on a en tête de ce que font les autres, voire votre nom qu’on a entendu quelqu’un d’autre prononcer…
 
- Et Jesse Cremers ?
 
B.F.: Ah ! Jesse… Avec lui, pour moi, ça bouge, ça peut bouger… Ou bien ses œuvres sont des ustensiles à grimper, à se déplacer, parfois dangereux pour lui, se dit-on. Ça ne tient pas en place, c’est toujours ailleurs qu’où c’est, il y a une chute : quand on comprend soudain, il y a quelque chose qui tombe… Actuellement il sculpte des objets en liège : des objets ordinaires, des objets de consommation… Mais c’est comme s’il voulait nous les rendre plus légers en liège. Ils pourraient flotter sur l’eau si on les y jetait (ça aurait l’avantage de rendre la pollution directement visible)… 
 
- mais à propos du jeu de cartes…
 
B.F.: Oui, c’est peut-être un jeu de cartes géographiques, avec des cartes à gratter, des cartes mères, des cartes de banque – qui sait ? – on verra à la fin de l’expo (ce ne sont pas les artistes qui ont toutes les cartes…), on vient chacun avec, disons, du matériel, avec de quoi répondre…
 
- Avec du répondant !
 
B.F.: Oui, bien vu ! Des œuvres de nos répertoires personnels à mettre en jeu – à mettre au risque de la présence de celles des autres – mais aussi de quoi répondre en direct, de quoi œuvrer sur place… On va voir.
 
Felicien Beni, Entretien avec Benoît Felix, août 2021